L’investissement en nue-propriété séduit les particuliers cherchant à défiscaliser

Acheter un bien immobilier sans pouvoir l’habiter ni le louer pendant plusieurs années : le principe peut surprendre. L’investissement en nue-propriété repose sur cette logique particulière, et il attire de plus en plus de particuliers depuis la fin des dispositifs de défiscalisation locative comme le Pinel.

Fin du Pinel et migration vers la nue-propriété immobilière

Depuis 2023-2024, des cabinets de conseil patrimonial constatent une migration nette d’investisseurs qui arbitraient en LMNP ou en Pinel vers la nue-propriété. Ce mouvement n’est pas un effet de mode.

Les dispositifs locatifs classiques dépendent de lois de finances successives. Leur cadre change tous les trois ou quatre ans, ce qui complique la projection à long terme. La nue-propriété repose sur le Code civil, pas sur un régime fiscal temporaire. Le démembrement du droit de propriété existe depuis des décennies, indépendamment des alternances politiques.

Pour un investisseur qui cherche à construire un patrimoine immobilier sans dépendre d’un avantage fiscal susceptible de disparaître, cette stabilité juridique fait la différence. Le nu-propriétaire achète un droit réel sur un bien, pas un ticket d’entrée dans un mécanisme de réduction d’impôt.

Démembrement de propriété : comment fonctionne la décote sur le prix d’achat

Pourquoi le prix d’achat est-il inférieur à la valeur réelle du bien ? Parce que le vendeur ou le promoteur sépare deux droits distincts :

  • L’usufruit, confié à un bailleur institutionnel (souvent un organisme de logement social ou un gestionnaire spécialisé), qui occupe ou loue le bien pendant la durée du démembrement.
  • La nue-propriété, acquise par l’investisseur particulier, qui récupérera la pleine propriété à l’extinction de l’usufruit, sans frais supplémentaires.

La décote reflète la durée pendant laquelle le nu-propriétaire renonce aux revenus locatifs. Plus la période de démembrement est longue, plus la réduction sur le prix d’achat est importante. Les durées courantes se situent entre quinze et vingt ans.

Couple évaluant un immeuble haussmannien pour un investissement en nue-propriété à Paris

Concrètement, l’investisseur acquiert un appartement pour une fraction de sa valeur en pleine propriété. À terme, il récupère un bien libre de toute charge d’usufruit, sans avoir versé de complément.

Fiscalité de la nue-propriété : les trois leviers concrets de défiscalisation

Le mot « défiscaliser » recouvre ici plusieurs mécanismes distincts. Mieux vaut les identifier un par un.

Pas de revenus locatifs, pas d’imposition sur le revenu

Le nu-propriétaire ne perçoit aucun loyer pendant toute la durée du démembrement. Par conséquent, aucun revenu foncier ne vient alourdir sa tranche marginale d’imposition. Pour un contribuable déjà fortement imposé, l’absence de revenus locatifs supplémentaires constitue un avantage réel.

Nue-propriété et IFI : le bien sort de l’assiette taxable

L’article 968 du CGI prévoit que, dans le cadre d’un usufruit locatif social ou institutionnel, la nue-propriété n’entre pas dans le calcul de l’impôt sur la fortune immobilière. Un contribuable assujetti à l’IFI peut donc réorienter une partie de son patrimoine immobilier vers la nue-propriété pour réduire son assiette taxable.

Déduction des intérêts d’emprunt

Si l’acquisition est financée à crédit, les intérêts d’emprunt peuvent, sous conditions, être déduits des revenus fonciers existants par ailleurs. Ce levier concerne les investisseurs qui possèdent déjà des biens locatifs générant des revenus fonciers positifs.

Quasi-usufruit et transmission : ce que change la loi de finances 2024

La nue-propriété est souvent présentée comme un outil de transmission patrimoniale. Un point mérite une attention particulière depuis fin 2023.

La loi de finances pour 2024 (n° 2023-1322 du 29 décembre 2023) a introduit l’article 774 bis du CGI. Ce texte rend non déductible de l’actif successoral la dette de restitution portant sur une somme d’argent en quasi-usufruit. En clair, certains montages où le défunt s’était réservé l’usufruit d’un capital ne permettent plus de réduire la base taxable à la succession.

Cette évolution ne concerne pas directement la nue-propriété immobilière classique (un appartement démembré avec un bailleur institutionnel). Elle touche davantage les opérations de quasi-usufruit sur des sommes d’argent, notamment en assurance-vie. La distinction entre les deux mécanismes est technique, mais elle change la donne pour les stratégies patrimoniales globales.

Un investisseur qui envisage un démembrement doit vérifier avec son notaire si son montage relève de la nue-propriété immobilière ou du quasi-usufruit financier. Les conséquences fiscales à la succession ne sont plus les mêmes depuis cette réforme.

Femme calculant la rentabilité d'un investissement en nue-propriété depuis son bureau à domicile

Contraintes réelles du nu-propriétaire : charges, durée et liquidité

L’investissement en nue-propriété n’est pas sans contraintes. Trois points méritent d’être pesés avant de s’engager.

  • La durée d’immobilisation du capital est longue. Pendant quinze à vingt ans, le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu et ne peut pas occuper le bien. Revendre avant le terme du démembrement est possible, mais le marché secondaire de la nue-propriété reste étroit.
  • Les grosses réparations (toiture, structure) incombent en principe au nu-propriétaire, conformément à l’article 605 du Code civil. Les conventions de démembrement prévoient souvent une répartition différente, mais il faut lire le contrat ligne par ligne.
  • L’absence de revenus locatifs pendant la période de démembrement signifie que le rendement se matérialise uniquement à la reconstitution de la pleine propriété. La rentabilité dépend donc de l’évolution du marché immobilier local sur la durée.

Ce type d’investissement s’adresse à des particuliers disposant d’une épargne suffisante pour immobiliser un capital sur le long terme, et dont la priorité est la constitution de patrimoine plutôt que la génération de revenus immédiats.

La nue-propriété reste un outil patrimonial solide, à condition de ne pas la considérer comme un simple produit de défiscalisation. L’avantage fiscal est réel, mais il accompagne une stratégie d’acquisition immobilière à horizon long. Le cadre juridique du Code civil lui donne une assise que les dispositifs temporaires ne peuvent pas offrir.

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